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6 décembre 2017

Au Pays basque, la colombe et la matraque

L’ETA a déposé les armes après des décennies de combat contre la dictature franquiste puis contre ses héritiers, et pour la libération d’un peuple et d’un pays. Quoi qu’on pense de ce choix, les nouvelles perspectives politique ouvertes par cet événement historique méritent qu’on s’arrête un instant sur le paysage politique abertzale (indépendantiste). Joel, militant de l’organisation antifasciste du Pays basque Nord IpEH, dresse pour ABloc un état des lieux des tendances politiques et de la répression post-désarmement en Euskadi. Et si la lutte continue, la fête n’est pas encore pour aujourd’hui…

Le 8 avril 2017 a eu lieu le désarmement de l’organisation socialiste basque de libération nationale ETA. Un pas de plus depuis l’annonce de l’arrêt des actions armées et du cessez-le-feu définitif de cette organisation en 2011, après plus de soixante ans de lutte armée.

Un geste lucide, semblait-t-il, au vu de la perte de soutien de la population et des nombreux coups portés par les policiers des Etats français et espagnols. Et pourtant, de là à parler d’une défaite militaire, il n’y a qu’un pas.

Depuis six ans, on remarque qu’aucune avancée n’a eu lieu du fait du refus de l’Espagne de négocier la moindre chose. Bien au contraire, selon le bilan d’Etxerat (association des familles des prisonniers) la politique de dispersion des prisonniers s’est empirée, avec au minimum 1600 km (aller-retour) pour une visite. Une véritable double-peine, cela même malgré les lois des Etats français et espagnols.

Drapeau antifasciste action basque, IpEH

Il reste encore 240 prisonnier politiques basques, dont la majorité purgent de longues peines, et une vingtaine souffrent de pathologies graves ; et on compte des centaines de réfugiés et d’exilés dans différents pays.

La répression contre les militants continuent, n’épargnant personnes, ni même les journalistes et les avocats. Le cas d’Altsasu, petit village de Navarre, est particulièrement significatif de l’occupation militaire de ce pays. Une simple bagarre en octobre 2016 entre des jeunes et deux guardias civils bourrés à 4 heures du matin est jugée pour terrorisme à cause du fait que les deux jeunes sont proches du mouvement indépendantiste, et ce sur la base du seul témoignage des deux militaires. Les peines requises par le procureur vont de quarante à soixante ans de prison pour chacun. Un cas parmi tant d’autres…

Manifestation de l'IpEH.
Manifestation de l’IpEH.

Le mouvement indépendantistes (abertzale), quant à lui, est en décomposition du fait de la voie réformiste (une nouvelle stratégie) prise depuis 2009. Mais aussi suite au « putsch » d’une poignée de dirigeants, plus intéressés par une carrière politique que par un avenir commun pour un pays libre, quitte à s’allier avec des ennemis de classe (PS, droite, etc.), en reproduisant des dérives politiciennes, en abandonnant la rue pour rejoindre des institutions corrompues ou en signant des accords (« accord Mitchell ») menant dans une impasse. Le but de ceux-ci n’est pas de poser sur la table la question politique du conflit mais la disparition de toute violence et de toute forme de résistance.

Quand aux revendications essentielles, telle que la libération nationale ou l’amnistie des prisonniers, elles se sont perdues dans les oubliettes de l’histoire.Toute résistance est immédiatement condamnée, faisant le jeu des partis espagnols ou français. Et allant même jusqu’à faire penser que les victimes sont les deux Etats oppresseurs. Voilà le prix a payer pour pouvoir exister politiquement face aux lois des partis, avec toujours une épée de Damoclès au dessus de la tête, la peur de l’interdiction (comme ce fut le cas pour Batasuna, Segi, etc.).

Et ce ne sont pas les quelques tentatives (artisans de la paix, forum pour la paix, « débats internes »…) qui feront changer les choses, de la poudre aux yeux de la population.

Face à cela, quelques mouvements ont choisi la rupture avec la ligne officielle mais reste minoritaires du fait de la démobilisation générale des militants, ainsi que de la désinformation de la presse, même militante.

Un bien beau gâchis de ce qui fut un modèle dans les mouvements de libération et de résistance en Europe. / Joel Sistiague

IpEH Antifaxista est le groupe antifasciste du Pays basque Nord. Celui-ci a été créé il y a six ans à partir du constat que ce combat était abandonné par de nombreux mouvements ou groupes du Pays basque. Il est composé de différentes sensibilités politiques, allant du communisme, de l’anarchisme à l’indépendantisme, tout en étant libre de tout partis politiques. Le but étant de se regrouper autour de la lutte antifasciste au sens large du terme. C’est à dire, contre toutes les discriminations tels que le racisme, la xénophobie, le sexisme, la LGBT-phobie, etc. Tout cela sur des bases anticapitalistes et de lutte des classes. Internationaliste, car solidaire de tous les peuples en lutte pour leurs libérations tels que la Palestine, le Chiapas ou le Kurdistan. Nous travaillons et informons aussi sur la mémoire historique de ce pays depuis le coup d’Etat du général Franco en 1936 jusqu’à aujourd’hui. Il est essentiel pour nous de ne pas oublier notre histoire commune et qui a permis que nous soyons toujours debout quatre vingt ans après.

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