Puta Madre

Puta Madre

Auteur(s): Run + Neyef
Date de sortie:
Éditeur(s): Label 619
Puta_Madre_integral

L’intégrale de Mutafukaz’ Puta Madre est sortie début Novembre 2017.  Les six épisodes de la série étaient parus en format comics avec un  gaufrage ([tooltip text= »1″ gravity= »nw »]Le gaufrage est une technique d’impression permettant d’obtenir des motifs en relief sur du papier, du carton peu épais, ou du tissu.[/tooltip]) et un vernis sélectif ([tooltip text= »2″ gravity= »nw »]Le vernis sélectif donne un aspect brillant appliqué sur des zones données du document à imprimer.[/tooltip]) sur la couverture souple, sûrement pour s’excuser d’avance de nous couper dans l’élan de la lecture et de nous faire attendre plusieurs semaines avant de connaître la suite. L’intégrale est tout aussi soignée avec plein de détails dans la finition, comme les pages de garde et leurs motifs façon papier peint de gangs sud-américains.  Comme souvent les éditions Label 619 accordent une vraie attention à la fabrication, et c’est aussi pour ça que je m’intéresse à leurs productions.

Dans Puta Madre, nous suivons les péripéties du jeune Jésus. L’histoire est inspirée d’un fait réel. Le 11 Mars 2011, Cristian Fernandez, 12 ans, vient d’être arrêté. Après plusieurs heures d’interrogatoire, il avoue le meurtre de son petit-frère de 2 ans. Inculpé de meurtre avec préméditation, il perd sa qualité de mineur et est donc considéré par la justice américaine comme un adulte. Plusieurs fois, les auteurs (Run + Neyef) mettent l’histoire de Jésus en pause et consacrent quelques pages à des chiffres et des explications. Vous en apprendrez donc peut-être un peu plus sur le sort des enfants incarcérés dans les prisons américaines, sur l’organisation et les rites des gangs latinos ou des clubs de motards, ou sur l’exploitation organisée des travailleurs clandestins (jornaleros). Welcome in the USA !
Puta Madre est une fiction mais le contexte, lui, est tout ce qu’il y a de réel.

Jésus, 12 ans, passe donc du désœuvrement d’un mobil-home de l’Amérique profonde (celle qui a, paraît-il, voté pour le milliardaire réac Trump) à l’agitation d’un centre pénitentiaire. Entre le camp des Blancs de la Fraternité du trèfle (inspiré de l’Aryan Brotherhood ), celui des latinos de Los Carnales ou les nombreux gangs blacks, Jésus doit faire son choix s’il veut survivre.

« Avant, je faisais pas de différences : Black, Blanc ou Latino, on descend tous de la même amibe, non ? Mais en détention on te laisse pas le choix. T’es obligé de choisir un camp, et j’étais pas dans celui des Blacks. »

Au fil du temps et des rencontres – bonnes ou mauvaises –, Jésus apprend à se défendre. Après quelques années d’enfermement et pas mal de sang versé, c’est la sortie. Commence alors une nouvelle épopée qui va l’amener à croiser toute une galerie de personnages plus ou moins bien intentionnés : un psychopathe serial killer, des bikers trafiquants, un retraité de l’armée qui survit au milieu du désert, des militants associatifs solidaires, des travailleurs clandestins journaliers… Ce mélange donne un scénario très rythmé où des nouvelles têtes débarquent régulièrement.

Run ne nous laisse pas vraiment le temps de souffler et c’est très bien ainsi. Mais l’histoire de Jésus est surtout l’occasion de raconter une partie de la société américaine. Celle qui ne fait pas vraiment rêver… Derrière le scénario de Puta Madre, on aperçoit un gros travail de documentation et l’envie de parler de sujets qui fâchent. La fiction s’intègre parfaitement dans les tableaux successifs qui racontent le coté obscur des Etats-Unis.

Pour ce qui est du dessin, on ressent bien l’influence des comics américains, des mangas japonais et de toute une iconographie populaire latino-américaine : tatouages, lettrage calligraphique, lucha libre. Rien n’a été oublié. On voit tout de suite que les auteurs apprécient cette culture. Mélanger dans une seule BD toutes ces influences aurait pu créer une confusion mais c’est tout le contraire qui se passe. Le trait de Neyef, net et précis, s’adapte parfaitement à la nervosité du scénario.

Je n’avais pas forcément accroché à la série Mutafukaz que j’avais trouvé un peu trop déjanté (même si le trailer du film à venir m’a bien plu quand même) mais, ici, au contraire, c’est beaucoup plus crédible ! Le tout avec du rythme, une variété  de situations et de personnages, un dessin plein de bonnes influences…  Assurément une des meilleures productions du label 619. 

Notes

(1) Le gaufrage est une technique d’impression permettant d’obtenir des motifs en relief sur du papier, du carton peu épais, ou du tissu.
(2) Le vernis sélectif  donne un aspect
brillant appliqué sur des zones données du document à imprimer.

Laisser un commentaire