Le Jour d’avant | Sorj Chalandon

  • Titre: Le Jour d'avant
  • Auteur(s): Sorj Chalandon
  • Date de sortie: août 2017
  • Éditeur(s): Ed. Grasset
Sorj Chalandon

Le 27 décembre 1974 à 6h30 du matin, une explosion emportait 42 mineurs dans la fosse 3 de la mine de charbon de Liévin. L’enquête allait montrer qu’elle était due à une négligence de sécurité. Ainsi se dessine la trame de fond du dernier roman de Sorj Chalandon.

Dans chaque roman de Chalandon que j’ai pu lire, un homme, héros tragique, se trouve embarqué par les déboires de son temps. Et c’est bien ce qui donne toute la force à ses ouvrages. Si JE est le narrateur qui nous emporte dans son histoire, l’auteur ne sombre pas dans la description des états d’âme d’un personnage narcissique qui ne se vit que de l’intérieur, comme le porte une certaine littérature actuelle. La première personne du singulier, nous fait assister aux bouleversements de l’Histoire à travers un personnage si petit et impuissant au milieu de tout cela.

Il en était ainsi dans Le Quatrième mur, où Georges essaye de monter Antigone dans le Liban de 1982 déchiré par la guerre, dans Mon traître, roman sous fond de conflit en Irlande du Nord, ou bien encore dans Profession du père, où Emile, jeune garçon de 13 ans,  est broyé par un père obsédé par l’Algérie française et l’OAS.

Là, c’est Michel qui nous conte l’histoire. Son frère, son héros a été tué par la mine et cette tragédie, cet assassinat, pour lui ne mérite qu’une chose: la vengeance.

Jojo il s’appelait. Fils de paysan devenu mineur, comme tous les autres jeunes du Nord. Pourtant, son père ne voulait pas qu’il y aille dans la fosse, mais plutôt qu’il reprenne la ferme. Mais l’avenir agricole était sombre, alors le jeune homme a pris le chemin de la mine et la mine l’a tué. Le père n’a pas survécu au décès de son grand fils; la mère est partie et Michel a quitté le Nord pour Paris. Il y rencontre Cécile. Quarante ans après la mort de Jojo, elle disparait aussi, emportée par le cancer et là, tout commence, ou tout finit, on ne sait que dire. C’est l’heure des représailles, le retour dans le passé et la ville de son enfance.

Le contremaître va payer.

Alors ne vous attendez pas à trouver une vengeance à la Jean-Claude Van Damme, mais plutôt quelque-chose, de petit, sale et noir comme le charbon. Au fil des pages, la culpabilité se fait moins évidente, plus trouble. Et c’est aussi, je trouve, l’une des caractéristiques des romans de Chalandon. Derrière la fluidité et la simplicité de l’écriture, très pudique aussi, se cache la complexité de l’histoire dans l’Histoire, loin d’être manichéenne et des personnages qui la peuplent.