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Vince Taylor | Brand new cadillac

 

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Vince Taylor par Thierry Guitard

Las d’être cantonné à imiter son idole Elvis dans des galas de charité en Californie, Maurice Holden n’a pas 20 ans quand il débarque à Londres pour y propager le rock’n’roll. Il est bien décidé à conquérir l’Angleterre où il a passé les dix premières années de sa vie avant que ses parents n’émigrent aux States.

Il s’entoure de bons musiciens – Les Playboys, avec qui il reprend les standards rock américains. Il adopte un pseudo : Vince comme dans la devise latine in hoc vinces (« par ce signe tu vaincras ») et Taylor comme le comédien qu’il admire, Robert Taylor…

Après quelques concerts et passages à la télé, il enregistre un premier 45T de reprises en 1958 et l’année suivante, un second. Si la face A de son deuxième single, Pledgin’ my love – une reprise de Johnny Ace, est une déclaration d’amour éternel, la face B, Brand New Cadillac, composée par Vince Taylor lui-même, évoque une trahison : sa nana se tire au volant du dernier modèle de chez Cadillac, et malgré ses supplications, jamais elle ne reviendra !

C’est peut-être une métaphore de ce qu’il vit à cette époque : il s’aperçoit que sa femme, avec laquelle il a eu deux gosses et qui se disait danseuse classique est en réalité stripteaseuse. Dégoûté, il demande le divorce. De toute façon, il n’a guère de temps à consacrer à une famille.

Lors d’une tournée en France, accueilli par une hystérie sans pareille, il décide d’y rester. Avec son jeu de scène électrisant et son look de bad boy (banane gominée, tenue de cuir noire, grosse chaîne en acier autour du cou avec une médaille à l’effigie de Jeanne d’Arc – la Pucelle, dont il respecte la pureté), il incarne un rock dur mystique qui déplace les foules. « Les classes sociales étaient effacées, les degrés d’instruction n’existaient plus ; des garçons et des filles venaient entendre une musique qui les faisaient vibrer : par le rock ils exprimaient toute la violence qui les habitait et qu’il leur était interdit de faire éclater au grand jour… » analyse le rocker dans son autobiographie.

Les hordes de groupies qui veulent se donner à lui en paient le prix : il les méprise et les maltraite. Lui rêve d’un amour sincère, absolu…

Le raffut que soulèvent ses concerts n’est pas du goût des pouvoirs publics. Le concert explosif du 18 novembre 1961 au Palais des sport va entériner leur funeste pronostic. Les spectateurs surexcités saccagent la salle, provoquant des millions de francs de dégâts.

La presse l’étrille, les organisateurs de concert se désistent. Ses disques ne se vendent pas. Prisonnier de son image, déprimé, il boit comme un trou et est de plus en plus ingérable. Son groupe se délite. Sans ressources, il dort dans des caves, squatte chez des fans. Il se met à prêcher la religion dans la rue, puis trouve refuge chez les hippies où il découvre la drogue. Après quelques épisodes psychotiques, il sera interné en 1966 sur demande d’un tiers en hôpital psychiatrique où il fera plusieurs séjours. Il déclare y « avoir subi une demi-douzaine de séances d’électrochocs ».

La fin de cette carrière chaotique sera ponctuée par des collaborations parfois heureuses comme avec Marc Police, mais le plus souvent frustrante pour la star déchue.

Il finit par trouver la paix avec sa dernière compagne en Suisse où il s’occupe de la maintenance d’avions, son autre passion – à 18 ans il avait dû renoncer à devenir pilote suite à un accident. Ce répit sera bref : un cancer des os l’emporte à l’âge de cinquante et un ans.

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