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2 novembre 2011

INT : RedStar73 rec

RedStar73 records

RedStar73 records, plus que de la musique : Rencontre avec un label radical

Quittant l’Allemagne pour Barcelone, Jan ne se voyait pas rester les bras croisés, alors il crée Redstar73. Ce multi-activiste nous cause de son label, de l’antifascisme et de sa ville d’accueil, loin des idées reçues.

Pourquoi avoir créé ce label ?

Pour ces différentes raisons : je ne suis pas quelqu’un qui s’assoit et qui consomme uniquement. J’aime bien être une part active de la scène : produire de la musique, écrire pour des fanzines et organiser des concerts. De plus, il n’y a pas beaucoup de labels promouvant la culture skinhead antifa. Je suis originaire d’Allemagne, actif depuis de nombreuses années avec mon ancien label Black Pearl (produisant uniquement des 45t de ska) et le fanzine Millwall Brick. J’ai commencé Redstar73 en 2004 quand je suis parti vivre à Barcelone. Mon ami Mike de MadButcher m’a proposé de co-produire le premier album de Pama International. Et depuis, j’ai commencé à sortir de plus en plus de groupes locaux comme The Cabrians, Desperta Ferro ou The Kinky Coo Coo’s. Je travaille beaucoup avec MadButcher en Allemagne, avec Raul de MM Crew, les gens de Barrio Obrero, Gamberros et Potencial Hardcore, à Barcelone. J’ai un boulot alimentaire, qui me permet de vivre ma passion, le label est DIY et demande beaucoup de travail : j’essaie de faire au mieux.

Tu le fais d’une façon plus culturelle que politique ou l’inverse ?

La politique est une part importante de la philosophie du label. Je soutiens les idées d’extrême gauche radicale. J’adore le ska et le reggae mais je pourrais tout aussi bien produire un album de hip hop si la musique est bonne et que le groupe a bon message. Je ne veux pas limiter le label à un certain style de musique. Redstar73 records, c’est plus que de la musique.

Tu organises aussi des concerts ?

Je n’ai pas trop le temps d’organiser des concerts ou des tournées. J’aide des groupes de temps en temps. Pour le moment, les seuls groupes dont je m’occupe sont The Offenders et Stage Bottles. The Offenders feront une tournée en automne, et je suis en train de voir pour un passage la musiqueRedstar73 records, c’est plus que de la musique  en novembre pour Stage Bottles mais rien n’est confirmé. J’ai toujours l’idée d’organiser un festival antifa à Barcelone mais le bon endroit manque.

Ça fait un moment que habites à Barcelone : peux-tu nous donner tes impressions sur cette ville ? Le lien avec l’histoire est-il présent ?

J’avais beaucoup d’idées sur cette ville, mais cela a changé avec le temps. Il n’y a pas un milieu redskin ou antifa aussi fort que je m’y attendais. Un autre point est que la vie peut être très difficile dans Barcelone : les appartements sont très chers, et la majorité des gens ne gagnent pas assez pour pouvoir se loger. Beaucoup de jeunes doivent rester longtemps chez leurs parents sans aucune chance que ça change prochainement. Il n’y a pas beaucoup de boulot et tu peux seulement trouver des contrats précaires. Bienvenue dans le monde capitaliste. Les points positifs sont le soleil, la plage et une belle ville. Un bon changement par rapport au froid et aux jours pluvieux d’Allemagne !

Maison populaire dans le quartier de Gracias/Barcelone
Maison populaire dans le quartier de Gracias/Barcelone

Peux-tu nous présenter les endroits incontournables pour toi à Barcelone ?

Il y a pas mal d’endroits sympas à Barcelone. Le quartier de Gracia est vraiment charmant, lié à l’alternative avec une longue histoire de squats et de mouvements ouvriers. Ces dernières années, ça a beaucoup changé, à cause de la gentrification, et c’est maintenant un peu branché. Mais ça reste un superbe endroit. Raval, dans le centre, est aussi un endroit intéressant : c’est la partie ancienne de la ville, avec de jolies petites rues et de belles constructions d’époque. Sur la colline de Montjuic, il y a le vieux cimetière dont une petite partie est dédiée aux combattants des Brigades internationales (1). C’est aussi à cet endroit qu’on trouve la tombe de Durruti (2). Allez voir sur mon site, j’ai mis quelques adresses.

À Barcelone, les anarchistes ou les communistes sont-ils activistes?

Il y a une cassure énorme dans l’extrême gauche : la CNT a deux groupes qui ne travaillent pas ensemble, les anars et les communistes ne font rien ensemble. Seul le mouvement indépendant pour la Catalogne est fort. En ce moment, il ne se passe rien, quant au mouvement M-15(3) c’est tout autre chose : beaucoup de gens qui y sont impliqué ne sont pas radicaux. Il veulent juste un tout petit plus de « démocratie » ! C’est triste de voir le déclin des activités militantes malgré la longue tradition politique de Barcelone. Mais ce n’est que mon point de vue personnel, et comme on sait, il y a des hauts et des bas, peut-être que dans un an il y aura plus d’action. Ton avis sur l’antifascisme aujourd’hui ?La lutte est nécessaire à tous les niveaux. Voir que l’extrême droite populiste reprend du poil de la bête à travers l’Europe avec ses idées anti-islam et anti-immigration, me rend malade. Presque chaque weekend, il y a des manifs nazies en Allemagne, parfois ils sont 50, mais souvent ils sont entre 500 et 1000. Qu’est-ce qu’on peut faire ? Nous devons reconstruire un mouvement antifasciste fort. Nous ne devons rien attendre des États, nous devons organiser nous-mêmes la selfdéfense. En Catalogne, il y a Plataforma per Catalunya, des populistes d’extrême droite contre les immigrés et autres idées qui puent. Ils ont quelques sièges au parlement local. Dans notre quartier, il y a une librairie qui vend des livres et du matos fascistes dont le propriétaire est en prison pour négationnisme. Elle existe depuis les années 1960 et a des connexions dans le monde entier. Tous les ans, le 12 octobre, il y a une manif nazie sur la colline de Montjuic. C’est le jour de la fête nationale espagnole, Día de la Hispanidad : ils célèbrent la « race espagnole » et la découverte de l’Amérique ! Et bien sûr, les deux clubs de foot de la ville, le FC Barcelona et le RCD Espanyol ont des supporters violents nazis dans leurs tribunes.

Tu participes aussi au fanzine Big Shot, peux-tu nous en dire deux mots?

R : Big Shot fanzine, c’est un projet dans lequel je suis impliqué avec quelques amis. Nous l’avons créé, il y a quelques années, par amour pour la scène skinhead trad et pour prendre position contre les skins apolitiques (qui s’en foutent de boire des bières avec des nazis ou des redskins). On est assez contents du résultat, six numéros et chaque fois le tirage augmente (1000 exemplaires); mises à jour sur notre blog (www.bigshotzine.net) et prochain numéro en préparation. Je peux aussi vous recommander un autre fanzine allemand, Commie Bastard, un nom stupide mais un très bon fanzine redskin ! Mais il faut lire l’allemand ! Merci à vous, salutations antifa ! / Propos recueillis par Rudy’s Back

1. Composées de volontaires antifascistes combattant aux côtés des républicains, du POUM ou de la colonne Durruti contre les nationalistes lors de la guerre civile espagnole de 1936.
2. Buenaventura Durruti (1896-1936) figure emblématique de l’anarchisme.
3. Mouvement des Indignés espagnols 2011.

 

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