Los aggrotones | Brixton

Los aggrotones | Brixton

Date de sortie:
Label(s): Interrogator Records / Red Head Man
Style(s):
Aggrotones Brixton

Los Aggrotones | Brixton – Interrogator Records / Red Head Man

Reggae bafoué, reggae caricaturé mais reggae libéré, et par des groupes comme celui-ci !

Si le blues des Jamaïcains semble dans l’unconscious collective inévitablement voué à occuper les toilettes sèches de la maison alternative à coup de «folominooobabyloneuh !!» brâmés par des «artistes» ragga-tzigano-ska-festif peu inspirés, fort heureusement ce ganja tree cache une forêt de choses intéressantes, comme le shampoing se cache de la tignasse du fan moyen de Tryo/Ska-P !

Bon, c’est vrai que derrière le nom du groupe terriblement cliché (après The Aggrovators , The Aggrolites , The Aggrobeats on attend avec impatience les Aggromanches ou les Aggrolands !), on a un combo argentin qui a plus de dix ans d’existence et un sacré niveau dans la composition comme dans la production.

Ces derniers ont quelques disques à leur actif, dont un très remarquable album de reprise de standards soul façon reggae massif avec la chanteuse portoricaine Mimi Maura.

Leur studio a, par ailleurs, convoqué des héros oubliés des sixties comme Freddie Notes ou Lambert Briscoe , lors de précédents enregistrements.

Tout l’intérêt de ce Brixton est de revisiter le style « skinhead reggae » (basses puissantes, orgues psychédéliques et rythmiques nerveuses) pour aborder quelque chose d’éminemment plus personnel. On touche à un style qui tient autant du dub planant du début des seventies que de la nouvelle scène reggae anglaise (particulièrement les productions teintées de pop de Prince Fatty).

Les instrumentaux clins d’œil à la capitale britannique (Underground, Bright light in Soho) qui s’enchaînent sur ce disque faussement nonchalant sont de petits bijoux de précision mélancoliques. On pense même parfois à l’atmosphère trouble des compositions de Roy Budd qui illustraient les grands films noirs anglais tel Get Carter (celui de 1971 avec Michael Caine) .

The Aggrotones arrivent même à enfoncer le clou en adaptant un vieux titre de The Cure (A Forest) sans que cela jure avec l’ensemble… Parfait, donc !

Certes, l’avalanche d’orgues, de synthétiseurs et d’effets en tout genre pourrait sembler très lourde à ceux qui – les pauvres ! – ne distinguent pas Lee Perry de Jean-Michel Jarre, mais les chouettes collaborations viennent alléger l’ensemble et l’empêche de sombrer dans l’outrance lounge music.

Du coté des grands anciens, on retrouve Derrick Harriot, déjà présent sur un précédent disque, dont la voix haut perchée est intacte malgré ses 65 ans, pour un superbe lover (Exciting). De son coté, Locksley Gichie, guitariste des pourtant mythiques mais hélas quasi oubliés Cimarons chante une version bien personnelle de Waiting There AKA I’ll Be There, initialement interprétée par le regretté Alton Ellis

Pour faire le lien entre ces générations et pour en rajouter à l’aspect « made in London » de ce disque, c’est la très prolifique Hollie Cook qui vient donner de la voix sur le très jazzy Spookie, tube planétaire en 1970 pour Mary Isabel Catherine Bernadette O’Brien (de son nom d’artiste Dusty Springfield , LA plus grande voix soul blanche de toute l’histoire de la Grande-Bretagne qui ne pouvait raisonnablement pas jouer sous son nom d’état civil). Le titre devient un morceau pop reggae aérien tout en finesse…

Si nos amis bretons de Red Head Man ont choisi de s’investir dans l’aventure en coproduisant ce disque, ce n’est pas seulement parce qu’il fait un temps aussi pourri à Rennes qu’à Brixton, mais bien parce qu’il mérite amplement une distribution au delà de Buenos Aires.

Cette réussite intégrale s’écoute très fort, au chaud à la maison, avec un litre de thé. Il paraîtra peut être un peu surprenant au premier abord, mais il révèle petit à petit tous ses arômes, comme un mash’n’pie avec purée de pois et sauce à l’anguille dégusté pour récupérer du sound-system de la veille.

Si vous ne devez acheter qu’une quantité raisonnable de disques reggae cette année (disons 80), celui ci a sa place dans les premiers. / Dj Breizmattazz {  Saint Tropez Soulful Patrolet tous les Dimanches (ou en podcast cf le lien) avec l’émission Spy Market  sur le 90.1 Mghz de la Clef des Ondes }

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