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Rome, 14 décembre 2010

une explosion de rage contre la crise

En Italie, c’est depuis toujours qu’on connaît la crise. L’État social n’existe pas, n’a jamais existé. On a toujours dû se démerder, travailler au noir (condition typique italienne). Les allocations de chômage, la sécurité sociale, les caisses d’allocations familiales, le RMI, les hôpitaux qui fonctionnent, en Italie on ne connaît pas !

À l’automne 2010, les étudiants, les travailleurs/travailleuses, les précaires, les immigrés et les retraités ont occupé et bloqué les rues, les places, les gares et les autoroutes pour hurler contre l’État italien et ses réformes anticrises qui coupent les jambes, non seulement au prolétariat et aux ouvriers, mais aussi au monde de la culture et de l’éducation publique : l’école, la recherche, le théâtre, le cinéma, etc. La ministre de la Culture et de l’Instruction Maria Stella (« Mary Star ») Gelmini veut subventionner l’enseignement privé au lieu du public, quand en Italie les toits des écoles publiques s’effondrent. L’État ne se rend pas seulement coupable de morts blanches (c’est ainsi qu’on appelle les accidents mortels du travail), mais aussi de morts à l’école. En 2009, l’écroulement du toit d’un lycée de Turin a causé la mort d’un élève de 17 ans et en a blessé vingt autres.

La situation de l’éducation publique est grave : tout manque, non seulement les profs (qui pourtant sont extrêmement nombreux en recherche d’emploi), mais aussi les auxiliaires d’éducation pour soutenir les handicapés et les livres que les élèves doivent payer de leur poche tous les ans, (400 euros de budget annuel pour chaque famille). Même chose pour l’université : depuis cette année, certains cours ont été supprimés parce qu’ils rassemblaient moins de dix étudiants, les frais universitaires dépassent les 1300 euro l’année, les chercheurs font du bénévolat quand d’autres sont virés à cause du manque de financement. L’une des plus prestigieuses universités (au niveau de la qualité de ses cours) est écrasée au profit d’une université privée (et politiquement à droite) financée par des entreprises privées.

De même, le théâtre, le spectacle et le cinéma n’ont plus de subventions, et c’est tout le monde de la culture italienne qui risque de s’écrouler, comme les murs de Pompéi qui n’est plus entretenue. Pendant plus de deux mois, tout le précariat italien, les ouvriers avec les étudiants, les chercheurs et les professeurs ont manifesté spontanément dans toutes les grandes villes d’Italie, du Nord au Sud : à Turin, à Gênes, à Milan, à Palerme, à Naples… presque toute l’Italie est descendue dans les rues exprimer sa colère.

La plus importante de ces manifs a failli une explosion de rage contre la crise provoquer la chute du gouvernement (enfin… c’était un rêve), quand le Parlement a choisi la date du 14 décembre pour voter une motion de censure contre le gouvernement de Berlusconi. Ce jour-là, tout le précariat italien s’est donné rendez-vous à Rome pour manifester sa rage contre ce gouvernement. Étaient aussi présents les habitants de L’Aquila (abandonnés depuis le tremblement de terre de 2009) et les habitants de Terzigno, une commune proche de Naples connue ces derniers temps pour les émeutes de ses citoyens contre la mafia et l’installation d’une décharge d’ordure dans leur ville.Ce 14 décembre, la rue criait sa colère pendant que le gouvernement, l’un des plus corrompu au monde, achetait les votes et le consensus parlementaire. Quand la mauvaise nouvelle a été connue, (le vote était en faveur du gouvernement Berlusconi), les manifestants ont laissé exploser leur rage dans les rues et sur les places de la capitale. Il y eut de violents affrontements sur la Piazza del Popolo. Une cinquantaine de personnes a été arrêtée ; 23 jeunes ont été inculpés.

Mario, l’un des étudiants inculpés, est, aujourd’hui encore, assigné à résidence, bien qu’il n’ait pas d’antécédents. L’État a fait de lui le chef des émeutes. Mario est coupable d’avoir des parents ex-militants de l’autonomie ouvrière romaine. Les procès des 22 autres inculpés ont été reportés à des dates toutes différentes et éparpillés sur différents tribunaux, ce qui rend encore plus difficile le soutien politique et financier. C’est pour ça que nous avons organisé le 27 mars dernier au CICP à Paris un concert de soutien pour aider ces garçons et des filles à payer les différents avocats. Tout en sachant qu’il est toujours très difficile de s’opposer à ce gouvernement néofasciste, et que l’opposition n’existe pas.

En plus, le 24 mars, la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg a déclaré que l’État italien (donc le gouvernement Berlusconi & Co) n’était pas responsable de la mort de Carlo Giuliani,
manifestant tué sur la Piazza Alimonda à Gênes par le carabinier Mario Placanica pendant le sommet du G8, le 20 juillet 2001. Cette année à Gênes, du 22 juin au 24 juillet, se tiendront les commémorations du dixième « anniversaire » du sommet meurtrier du G8. Toutes les lumières seront braquées encore une fois sur Gênes, avec la participation de tous les « experts » de la gauche et de l’opposition, avec leur leader social « Agnoletto ». Ils essaieront – disentils – de rechercher les responsables et les causes de cette crise, autour de concerts, de discours et de débats avec des politiques , des philosophes et des économistes…

Personnellement, je ne crois pas que beaucoup de gens vont participer à cette « farce ». Ils ont souffert dans les émeutes contre l’État policier de Gênes en 2001, à se faire tabasser par les flics et à voir leur ville en état de siège, digne des pire dictatures pendant plus d’un mois. Depuis, à Gênes, et partout en Italie, la scène militante en a pris un grand coup. Les néofascistes en ont profité pour prendre l’avantage ; ils s’étaient déjà beaucoup amusés pendant le G8. Profitant de cette défaite, ils ont ouvert leurs sièges de Casa Pound et Forza Nuova un peu partout. Depuis le G8 de Gênes, c’est la répression, la fermeture de beaucoup de squats et de centres sociaux historiques. Ce sont les anarchistes, comme toujours, qui prennent le plus cher. Je ne crois pas que beaucoup d’entre nous auront envie de se rappeler ces jours de Gênes, et de festoyer pour écouter les discours de politiques ou de philosophes sur ces journées d’enfer.

Aucune justice n’a été faite, tous les coupables ont été blanchis, les flics comme le gouvernement… What else ? What’s the party ?

Manu

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