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La route du kir

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1 novembre 2013

CSA L’écluse

L' écluse Reims

Une aventure humaine et collective

A Reims, l’Écluse défie les normes. La maison occupée expérimente des alternatives politiques, sociales et culturelles. Rencontre avec l’un de ses activistes, qui nous donne sa version de l’histoire…

Salut, peux-tu présenter l’Écluse ? Quand et comment a-t-elle été ouverte ?
L’Écluse, c’est à Reims dans la Marne. Au 4, rue de la cerisaie, dans le quartier de la dernière verrerie en activité dans la ville, le long du canal et pas loin de l’autoroute qui traverse la ville. C’est «ouvert» depuis le 9 décembre 2011, date à laquelle des personnes sont entrées dans cette maison, appartenant à la communauté d’agglomération et laissée à l’abandon depuis 3 ans, pour s’y installer. La soirée d’ouverture aux curieux et curieuses, aux personnes non-impliquées dans le projet de départ, s’est faite le 7 janvier 2012.

Son emplacement, dans un quartier prolo, est un choix ou un heureux hasard ?
Un peu des deux. Avant l’Écluse, le dernier squat rémois remontait à 6 ans. Entre temps la mairie a bien ruiné la vie alternative de la ville, par exemple, en interdisant systématiquement les buvettes lors d’événements organisés en maison de quartier, ou en prenant des arrêtés sur la vie nocturne, ne laissant que 3 bars où organiser un concert, et je ne parle donc là que de musique. Alors quand le besoin de squatter de certains a rejoint l’envie de squatter d’autres, c’est tout naturellement qu’un bâtiment de la mairie, de la communauté d’agglo, a été choisie. Moitié vide, moitié délabré, le quartier est petit à petit racheté par la ville qui prévoit d’en faire un écoquartier et une zone de loisirs nature. Pour être honnête, on ne cherchait pas spécialement un quartier «prolo» mais on voulait clairement mettre la mairie face à ses responsabilités.

Le pourquoi du lieu?
Il y avait déjà pas mal de «pourquoi» au début de l’Écluse, et sûrement encore plus aujourd’hui. Donc, je dirais qu’en plus de ce contexte, il y a aussi pour une partie des personnes qui ont ouvert cette maison, l’envie de se soustraire aux contraintes de la légalité totale, et l’envie d’organiser et de s’organiser dans un contexte non-marchand.

C’est un lieu collectif, qui le fait vivre ? Comment ?
Tout le monde. N’importe qui peut venir en AG toute les 3 semaines proposer un projet d’atelier, de soirée ou de n’importe quoi possible à organiser dans les murs de cette maison ou dans les deux jardins qui la bordent. En principe tout projet est débattu, l’AG ne prend aucune autre décision que de dire combien de personnes semblent nécessaires à la réalisation du projet et tout projet porté par le nombre de personnes nécessaire à sa réalisation voit le jour, avec plus ou moins de temps…

L’Écluse, lieu militant, ouvert ou fermé ?
Ouvert, définitivement. Militant, on est pas mal à l’espérer, pour sûr, ce n’est pas le même militantisme qu’à l’époque où certain.e.s étaient syndiqué.e.s. Mais je pense qu’on peut dire militant, car on propose diverses activités toujours à prix libre et dans un cadre où les idées sexistes ou racistes n’ont pas le droit de citer.

Quelles activités?  Sont-elles tournées vers la population locale ? Quels sont vos rapports avec elle ? Comment a-t-elle accueilli l’Écluse et la perçoit-elle?
En un an et demi, on a fait un nombre de chose incalculables. Ça va du concert de punk au dimanche, après-midi brocante, en passant par la permaculture, les sound-system, les projos de cinéma bis, la diffusion d’une radio, un one man show, des repas collectifs, des ateliers de dessin, des conférences sur le genre ou les luttes contre le nucléaire, bref, à moins de ne consacrer toute l’interview à ça, je vais m’arrêter là.. Quant à la population locale, tout lui est ouvert évidemment, mais tout n’est pas tourné vers elle non plus. Ce fut le cas des dimanches après-midi brocante avec distribution de flyer dans les boites aux lettres du quartier, ou en organisant des conférences sur des exemples de gentrification, similaire à celle que vit le quartier en ce moment. Dans l’ensemble, on a été bien accueillis, certains voisins ont même mis la main au porte-monnaie pour payer l’avocat…

Et les autorités ?
Là, si je dois être honnête, je dois dire que ça va aussi. En un an et demi, on a dû voir la police 2 fois, pour constater l’ouverture. Il y a eu procès pour que la mairie se protège légalement, mais l’expulsion n’est jamais arrivée. On a de leurs nouvelles régulièrement, genre tous les deux mois, et ils envisagent de faire signer un bail. Là, comme souvent, il y a deux tendances. Moi je fais partie de celle qui ne veut pas signer de bail avec une mairie, et il est difficile pour moi d’en parler tellement je ne m’y intéresse plus. Alors je sais, « intéresse toi à la politique sinon elle s’intéressera à toi », mais honnêtement, cette ville est tellement pourrie et pleine de baraques vides, que je ne vois pas pourquoi on entrerait dans leurs fichus jeux de normes, de lois et de je ne sais pas quels experts.

Avez-vous des liens avec d’autres lieux alternatifs ?
A titre individuel, je pense que beaucoup de personnes qui s’investissent dans l’Écluse ont des liens avec un tas de lieux alternatifs. Que ce soit le cirque associatif du bout de la rue, un squat à l’autre bout de la France ou une cabane sur la ZAD.

Selon toi, pourquoi n’y-a-t-il pas plus d’endroits comme l’Écluse en France ?
Parce que ce genre d’endroit est dangereux pour l’état et pour le capital. Quel pourrait bien être l’intérêt de laisser tout un tas de personnes s’organiser sans hiérarchie et dans un cadre non-rentable ? On n’en laisse donc pas beaucoup, et on essaye à tout prix de les normer le plus possible. Nous on tient, tant que la mairie a l’espoir d’y arriver avec nous, après ça, cette maison sera soit différente de L’Écluse actuelle, soit expulsée.

Pour conclure, un slogan pour définir l’Écluse ?
Celui affiché sur la maison depuis quasiment le début, à savoir le très zapatiste : «les maisons appartiennent à ceux qui y vivent, la terre à ceux qui la travaillent» qui va comme un gant à cette maison et son grand potager. / Ray

Le site de L’écluse : www.ecluse-reims.org

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